Le « modèle bruxellois » : le Service de médiation scolaire en Région de Bruxelles-Capitale

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Peut-on pratiquer de la médiation au sein d’une école secondaire ? Est-il possible de créer un espace neutre, confidentiel, un « entre-deux » dans une institution qui est également un milieu de vie entre adultes et mineurs ?

Je voudrais évoquer ici mon travail au sein du Service de Médiation scolaire en Région de Bruxelles-Capitale (dépendant de la Direction générale de l’Enseignement obligatoire) qui relève ce défi depuis l’année scolaire 1993-1994.

En savoir plus sur ce service

Historique de ce dispositif : http://enseignement.be/index.php?page=27387&navi=4012 , consulté le 10/02/2017

C’est donc essentiellement  ce service, où j’ai travaillé de 2005 à 2016, qui sera décrit ici car sa particularité est assez unique en Europe à ma connaissance.

En effet, bien qu’indépendant de la structure scolaire locale, le médiateur du Service de Médiation Scolaire en Région de Bruxelles-Capitale travaille à temps plein au sein d’une école secondaire et n’exerce aucune autre activité que de proposer de la médiation.

Définition de la médiation

« La médiation est un processus de création, de réparation du lien social et de règlement des conflits, dans lequel un tiers impartial, indépendant tente, à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les institutions, de les aider à améliorer une relation ou à régler un conflit qui les oppose. » Extrait de la Déclaration d’intention de MEDISCOLA-Médiation en mouvement asbl, 2015 : http://mediation-scolaire.be/maison/ , consulté le 10/02/2017

 

De la même manière que la loi de 2005 définit le cadre d’autres médiations (familiale, sociale, civile et commerciale), c’est en 1998 qu’un premier Décret institue et organise le Service de Médiation Scolaire    pour les écoles de la Communauté Wallonie-Bruxelles quel que soit le réseau auquel elles appartiennent à cette occasion, il est également créé en service en Wallonie dont les pratiques seront en partie différentes. Ce premier décret fut amendé en 2004 et en 2013.

Références du décret

Décret visant à assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale, notamment par la mise en œuvre de discriminations positives — 30-06-1998. http://www.gallilex.cfwb.be/fr/leg_res_01.php?ncda=22209&referant=l0, consulté le 7-02-2016

Au départ, il s’agissait d’intervenir prioritairement dans les écoles dites « en discrimination positive » (aujourd’hui, appelées « en enseignement différencié ») mais désormais le décret ouvre la possibilité d’étendre celui-ci à toutes les écoles.

Caractéristiques de ce service

 

Pour rendre compte de ce qui se pratique en matière « scolaire » en médiation, il paraît plus judicieux d’utiliser les termes de « médiation en milieu scolaire ».

D’une part, ce choix évoque un lieu, un espace de vie, voire un microcosme qu’est l’école plus qu’une « matière ». D’autre part, cela permet de mettre l’accent sur le terme « médiation » dans le sens commun à toutes les pratiques se référant à un processus de médiation, comme le propose Jacques Faget en distinguant les médiations substantialistes (axées sur un contenu/objectif) et les médiations normatives (axées sur un processus/méthode). Il distingue également une catégorie fourre-tout dite nominaliste (qui se réclame de la médiation !). La pratique en milieu scolaire est traversée par cette tension entre le contenu et le processus.

Référence pour J. Faget

Médiations : les ateliers silencieux de la démocratie, Jacques FAGET, Collection : Trajets, Erès Poche – Société, 2010 (nouvelle édition en 2015)

 

A Bruxelles, cinquante-six médiateurs (chiffres de 2014) travaillent dans ce Service de Médiation. Chacun d’eux occupe une permanence au sein d’une école qui a souhaité disposer de ce service. Celle-ci met un bureau à sa disposition qu’il occupe de manière exclusive. La neutralité et la confidentialité de cet espace lui sont garanties, c’est « comme petite ambassade ». Le médiateur y est indépendant et n’est donc pas soumis à la hiérarchie de l’école mais aux (deux) coordonnateurs du service dont les bureaux se situent à la Communauté Wallonie-Bruxelles, rue A. Lavallée à Molenbeek.

Et de fait, le médiateur est plongé dans ce milieu au quotidien, ce qui en fait une particularité de son travail. Il vit parmi ces futurs « clients ». Cette proximité lui permet d’entretenir un climat de confiance propice à actionner l’entrée en médiation. Ce faisant, il ne peut ignorer le contexte dans lequel il travaille tout en tenant sa posture de médiateur, neutre, indépendante et garante de la confidentialité des propos qui lui sont confiés. Il est soumis au secret professionnel.

Dans les autres formes de médiation, les personnes intéressées par la médiation (ou « envoyées » par un juge) prennent contact avec un médiateur par téléphone, le plus souvent, et conviennent d’un premier rendez-vous. Toute la recherche d’information, le questionnement, les éventuels conseils des uns ou des autres viennent en amont de cette première rencontre avec le médiateur dans son cabinet, même si cela n’empêche pas les solliciteurs d’encore questionner le médiateur sur le processus (souvent même, le médiateur s’enquiert lui-même de la genèse de leur démarche).

La particularité du « modèle bruxellois »

 

La particularité du médiateur en milieu scolaire est qu’il est déjà une figure connue au sein de l’école et qu’il participe d’une manière ou d’une autre à cette première phase. Il est accessible, il peut être questionné, voire même « testé » par tout un chacun.

Cette facilité demande au médiateur de la vigilance pour rester dans cet « entre-deux ». Ses paroles, ses actes, les lieux qu’ils traversent sont sous le projecteur de tous. Il faut donc veiller à manifester sa neutralité dans les gestes quotidiens : beaucoup écouter, parler peu, éviter les paroles jugeantes mêmes banales, être discret mais disponible, manifester de la bienveillance pour chacun mais sans familiarité excessive, etc… .

Il ne participe pas aux organes de gestion de l’école, ni aux Conseils de classe (ou alors de manière ponctuelle pour faire une offre de médiation ou recevoir une demande, par exemple) et, a fortiori aux délibérations. Il ne rédige pas de rapport à qui que ce soit sur le contenu d’une médiation et ses participants. Par contre, il peut solliciter leur autorisation pour la nécessaire communication de certains éléments afin de mettre en place cette même médiation.

Il ne se positionne pas comme expert mais comme celui qui va faciliter le dialogue, la communication grâce à sa neutralité et au processus de médiation. Le médiateur est un passeur de confiance, un poseur de questions et non pas un « proposeur » de solutions ….

Bref, cette étape préalable, c’est sa façon de préparer le terrain.

Une autre caractéristique est que l’essence même de son travail porte sur le lien. A maintenir, à réparer ou à recréer. Le décret parle de climat de confiance. Quoi de plus variable, d’imprévisible que le climat ? Et pourtant, il peut être « bon », « favorable » ou « mauvais ».

La confiance selon le décret

« Il est créé un service de médiation scolaire chargé de prévenir la violence et le décrochage scolaire dans les établissements d’enseignement secondaire, prioritairement dans ceux qui sont visés à l’article 4. (…) La médiation vise à favoriser, à conserver ou à rétablir le climat de confiance qui doit prévaloir dans les relations entre l’élève, ses parents ou la personne investie de l’autorité parentale, s’il est mineur et l’établissement scolaire. (…)Le médiateur veille à conserver la confiance qu’il a pu obtenir des élèves. A cet égard, il n’est pas tenu de révéler au chef d’établissement des faits dont il estime avoir connaissance sous le sceau du secret attaché à cette confiance. (…) » Idem, extraits du Chapitre V .

 

Or ce lien, il est obligatoire. Les élèves mineurs sont soumis à l’obligation scolaire et ils n’ont pas choisi leurs professeurs, et vice-versa. Il est donc à construire parce qu’enseigner, c’est avant tout une rencontre : entre l’élève et le professeur, entre ceux-ci et le savoir, savoir qui lui-même a été élaboré ou découvert par quelqu’un d’autre. Le médiateur travaille donc sur la perte de sens, le malentendu (ou plutôt       « l’autre-entendu »), l’impasse, l’obstacle, la panne, la désaffiliation, le conflit, la rupture, etc …

Dans la palette des types de médiation, il pratique surtout la médiation transformative sans toutefois se priver d’autres outils selon le contexte et l’analyse qu’il aura faite de la demande.

 

Philippe Rase,
Médiateur
février 2017

Séminaire d’éthique et de déontologie de la médiation

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Déontologie – Ethique

Est-ce bien nécessaire ?

Nous avons entamé une réflexion sur la déontologie et l’éthique de la médiation avec les membres de l’asbl qui le souhaitaient. Comme point de départ à cette réflexion nous avons proposé la lecture du texte d’Eirick Prairat:

Vers une déontologie de l’enseignement  Towards a professional code of ethics in teaching

Cet article propose une réflexion sur l’éthique professionnelle des enseignants. Plus précisément, il défend l’idée que l’orientation déontologique est devenue une perspective souhaitable. Celle-ci relève moins d’une aspiration morale que d’une attitude lucide qui a pris acte des changements intervenus dans la société et dans l’exercice du métier. Cet article s’attache aussi et surtout à définir à partir d’une triple caractérisation l’idée de minimalisme déontologique, montrant que c’est sans doute la seule régulation compossible avec le pluralisme qui caractérise aujourd’hui les professions.

D’une manière générale, il semble remarquable de l’époque contemporaine, que les questions d’éthique professionnelle et de déontologie suscitent un regain d’intérêt. Selon le Professeur E. Prairat, il y aurait plusieurs hypothèses explicatives à ce constat. (suite…)

Vu de Flandre : les initiatives de concertation locale scolaire

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Les LOP’s  initiative flamande de concertation locale scolaire

Un modèle dont s’inspirer ?

Par Aaricia Behets

Les LOP’s (Lokaal Overlegplatform) sont des initiatives locales en territoire flamand : l’existence de ces organes consultatifs a été consacrée par le décret GOK (« gelijke onderwijskansen ou égalité des chances »), effectif depuis le 1er janvier 2013. Il en est dénombré environ 70. Ces plateformes réunissent différents acteurs gravitant autour de l’enseignement primaire et secondaire (et bientôt maternel). Les différents acteurs sont établis par le décret : les représentants des élèves, ceux des parents, ceux des directions et réseaux scolaires, les enseignants et leurs représentants syndicaux, les organisations partenaires (« socioculturel et économique »), des représentants de municipalités, différents intervenants. Un point important est que le décret sollicite aussi la présence des représentants de « groupes ethniques minoritaires » et des centres d’intégration.

(suite…)

Billet d’humeur

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Complainte du médiateur en milieu scolaire

Par Bruno Vagenhende

Au-delà de l’mage d’Épinal du médiateur neutre et dont les capacités surhumaines lui permettent d’absorber toute la souffrance produite au sein des écoles, je voudrais vous brosser un portrait douloureux de cette fonction finalement peu connue qui suscite tour à tour envie et méfiance. On croit parfois le médiateur doté de pouvoirs magiques permettant aux pires ennemis de redevenir frères ; ou au contraire on le perçoit comme surnuméraire, intrusif, comme une greffe qui aurait mal pris.

En tant que président de MEDISCOLA mais aussi en tant que médiateur au sein d’un service de médiation scolaire à Bruxelles, pour mes collègues et pour tous les médiateurs du milieu scolaire, je voudrais évoquer ici les épreuves silencieuses des médiateurs qui travaillent dans l’ombre des violences de l’École.

Souvent recrutés pour nos capacités d’écoute, notre connaissance et notre intérêt pour le milieu scolaire, notre humilité ou la capacité à ne pas produire du conflit sur le conflit, nous, les médiateurs, sommes souvent piégés par nos principes, nos valeurs et les injonctions paradoxales que peuvent contenir nos missions. Nous devons rétablir “un climat de confiance”, écouter, accueillir inconditionnellement, ne pas apporter de solution mais rendre leur autonomie aux demandeurs, accompagner toutes sortes de souffrances insupportables au sein de la classe, des salles des professeurs, dans les alcôves des directions ou au coeur des familles. (suite…)

La Semaine de la Médiation

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terreSEMAINE MONDIALE DE LA MÉDIATION
du 17 au 22/10/2016

Dans le cadre de cette initiative, l’union Belge des Médiateurs Professionnels organise diverses activités en Belgique francophone.

Retrouvez ces informations sur le site de l’Ubmp.

Journée de formation: « La comédiation, techniques, enjeux, atouts »

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Cette journée est organisée par les services de médiation de la commune de Schaerbeek. Elle sera animée par Marthe Marandola et Geneviève Lefebvre, auteures de : « L’intelligence collective dans la co-médiation » Ed. A Égalité

Date : le jeudi 10 novembre 2016 de 9h à 17h.

Lieu : Centre Culturel de Schaerbeek Rue de Locht 91 – Schaerbeek

Public cible : Médiateurs et étudiants en médiation.

Participation aux frais :

20 € comprenant les collations et le lunch

à verser avant le 31 octobre sur le compte BE43 0910 0018 1501

avec la communication « formation/co-médiation 10/11/2016».

Inscription :

Par mail : mtuaux@schaerbeek.irisnet.be

Plus d’informations ? : 02.240.63.01

vous trouverez le programme en suivant ce lien: La Comédiation Présentation du séminaire

 

Vu de France : la (non) rentrée des décrocheurs

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Le décrochage scolaire est un des enjeux du Pacte d’Excellence. La réflexion de Emmanuelle Pique, Fondatrice des centres Chagrin Scolaire, donne la parole aux décrocheurs et à leur famille.

Ces décrocheurs qui ne feront pas leur rentrée
On les appelle les décrocheurs. Ces gamins qui trébuchent et que rien ni personne ne parvient à remettre debout dans leur établissement. Debout dans leur vie. Ils seraient un peu plus de 120.000 en France. 52% d’entre eux vont être exclus du marché de l’emploi.

Ces trébucheurs n’intéressent à vrai dire pas grand monde parce que leur mère et leur père font rarement partie de ceux qui siègent aux conseils de classe ou envoient des mails indignés à tous les autres parents d’élèves. Leur voix porte assez peu.

Lire l’article sur le HUFFPOST : suivre ce lien

 

La médiation scolaire en tant que « dispositif »

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En janvier 2014, au Campus du Sart-Tilman de l’Ulg, le professeur Olgierd KUTY de l’Université de Liège et chercheur associé au CSO (CNRS, Paris)  a organisé un colloque consacré à la médiation scolaire. Il s’agissait de faire le point sur les travaux entrepris par son équipe (1).

(1) KUTY O., SCHOENAERS F., DUBOIS Ch., DETHIER B., La médiation scolaire. Un regard des acteurs sur leurs pratiques, Liège, Presses Universitaires de Liège, coll. Essai, 2012.

Lire le compte-rendu qu’en fait la revue de l’Université de Liège : http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_43839/la-mediation-scolaire, consulté le 12-05-2016.

A cette occasion, Anne Barrère, observatrice invitée, de l’Université Paris-Descartes, auteure de « Les établissements à l’heure des dispositifs » (2) a livré ses impressions à propos de la médiation scolaire pratiquée en Belgique francophone.

(2) BARRERE A. Les établissements scolaires à l’heure des dispositifs ? Carrefours de l’éducation, N° 36, 2013/2, Armand Colin, 248 p.

Lire le compte-rendu qu’en fait la revue en ligne Cairn-info : http://www.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2013-2-page-9.htm , consulté le 12-05-2016.

(suite…)

Conférence de John Peter Weldon « approche transformative en médiation » le mardi 15 mars

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Chers amis,
Chers collègues médiateurs ;

Un petit mot pour signaler une conférence qui s’annonce bien intéressante, notamment du fait qu’elle sera centrée sur une approche de la médiation dont on parle assez peu, et surtout que l’on ne connait pas très bien encore : il s’agit de la médiation dite « transformatrice ».

Cette conférence est organisée par « La Formation spécialisée et interdisciplinaire à la médiation locale, scolaire, pénale et en soins de santé » de l’Université Saint-Louis Bruxelles et l’ASBL « ForMédiation ».

La conférence sera donnée par John Peter Weldon, avocat honoraire, médiateur, et professeur de médiation à la faculté de droit de l’Université de Hofstra (USA) et au barreau du Québec.

Le conférencier, Mr Weldon, est un spécialiste de cette « approche transformative en médiation », un modèle de travail qui se veut profondément non directif, et met l’accent sur « l’auto-détermination » des parties en médiation, ainsi que l’accompagnement de chaque protagoniste vers une progressive récupération de ses ressources propres de réflexion et d’action dans la dynamique et la compréhension du conflit.

MODALITES PRATIQUES :

Date : Le mardi 15 mars 2016 à 19h précises

Lieu et accès : Auditoire n°3, Université Saint-Louis Bruxelles, 43, boulevard
du Jardin Botanique, 1000 Bruxelles. Métro Botanique ou Rogier. Parking
Passage 44 (entrée rue de l’Omegang, 16).

Prix : 20 € à verser sur le compte BE30 6300 2485 6311 de l’ASBL
ForMédiation (Accès libre pour les étudiants inscrits à une des 4 formations à la médiation
de l’Académie Louvain)

Réservation obligatoire : uniquement par l’envoi d’un mail à l’adresse : formediation@gmail.com et le paiement du droit d’inscription (sauf pour ceux bénéficiant de l’accès libre).

Attention : Le nombre de places étant limité, ne tardez pas à vous inscrire.